Séminaire d’émersiologie : Jeudi 11.03 à 16h30
Corps en lutte par Dominique CHEVE
Lien Zoom : https://buff.ly/3cSJ6QT
ID de réunion : 867 0856 8670 Code secret : 013072 Plus d’informations sur calenda : https://calenda.org/791071

 

16h30 : Bernard Andrieu : Le corps à corps ( Cheve D. eds., 2017,  Corps en lutte. L’art du combat au Sénégal, Paris, Ed CNRS.

Corps en lutte : danses, pratiques mystiques et combat dans l’arène au Sénégal

  • Dominique CHEVE,  Anthropologue bio-culturelle, UMR ADES AMU-CNRS-EFS, Marseille

Le « monde de vie » de la lutte (Chevé, 2018) au Sénégal, tel qu’il se donne à vivre à tous les acteurs sociaux de la pratique, mais également comme réalité collective sénégalaise hybride, se concentre dans l’arène de lutte. La lutte est une manière de vivre (un éthos ?) un vécu, un engagement dans l’existence, un sol originaire qui nourrit et permet que se développe toute une pratique corporelle et sociale complexe, un ensemble de signes pour les acteurs directs et indirects. C’est une sorte de communauté et d’horizon imaginaires, symboliques et matériels, sans cesse réinvestis et ouvert, produits par une pratique partagée. C’est cet entrelacs, entre vivre par ou pour la lutte dans ce monde et les processus de subjectivation du monde de la lutte vécus par les acteurs, qui fait « monde ».

Si la tradition de lutte est elle-même reconstruite, refabulée, traversée par les logiques de la mondialisation néo-libérale et celles des entreprises de soi et des exigences communautaires, reste que, pour les lutteurs-acteurs, il s’agit de lutter pour lutter, de se forger, par cette « économie morale de la ruse et de la débrouille » (Banégas et Warnier, 2001), par ces entraînements forcenés et ces régimes sportifs, sorcellaires ou « mystiques », par ces combats dans l’arène, sur le sable où les corps à corps mettent en jeu des forces qui ne se mesurent pas toutes au dynamomètre (Chevé, 2014).

Corps athlètes, corps blindés, corps surchargés, corps vulnérables, corps investis, corps construits, lorsque les lutteurs s’affrontent, sous les clameurs, les batailles sont multiples et simultanées : informationnelle, physique, psychologique, technique, stratégique et mystique, mais aussi communautaire.

Nous essayerons de montrer qu’à cet « appel des arènes » répondent des chorégraphies (tuus), des chants (bakk), des mouvements réglés, des enclos mystiques (cumikaay), des techniques corporelles et tout un ordonnancement qui plongent les lutteurs dans une sorte de recomposition ontologique sous couvert de pensée miraculaire.